Niché dans une vieille maison du temps jadis, ce restaurant de séduction qui mérite amplement son qualificatif de « petite maison de bouche bruxelloise » fait partie, depuis 17 ans, du parcours gourmand de la capitale. Le nom de l’enseigne est déjà tout un programme, ajoutant à la gourmandise toute sa dimension amoureuse au sens propre comme au sens figuré. Du coup, c’est dans un bleu outremer uniforme que ce restaurant d’amoureux a choisi sa couleur emblématique, palette intemporelle qui rime avec amour et tendresse et dont la première lettre est elle-même riche en résonances : « B » comme Bleu, mais aussi comme Bountje, comme Bruxelles ou, tout simplement comme Bintje, l’un des produits phare qui contribue à l’originalité de la maison.

1. Bleu, je veux
L’histoire du Bleu de toi est d’abord celle d’une jeune femme volontaire et pétulante qui a fait ses armes durant deux années à la Quincaillerie du temps d’Antoine Pinto. Corine Ceulemans venait de quitter à peine l’école hôtelière. Avec son partenaire d’alors, le peintre Raymond Sersté, elle s’approprie en 1992 de ce qui deviendra sa maison de cœur ; elle reprendra l’enseigne à son compte trois ans plus tard pour développer librement le concept qui lui est cher. Sa sœur Françoise l’a rejointe depuis 2 ans et demi pour devenir son associée et confirmer la vocation de cet établissement qui est d’abord un restaurant de femmes, toutes deux étant mère de famille.

2. Concept en Bleu
Pour Corine Ceulemans, la philosophie de Bleu de Toi tient d’abord dans ses souvenirs d’enfance, elle qui eu le bonheur d’être élevée « parmi les confitures, le choux rouge aux pommes cannelle, les chicons braisés et les bonnes carbonnades à la flamande ». C’est d’ailleurs ce même grand-père adulé qui l’emmenait au marché en Flandre chercher les légumes de la semaine, notamment ces fameuses bintjes. Et c’est aujourd’hui le fils de ce même producteur de Vilvorde chez qui elle achète ses pommes de terre qu’elle transfigure au gré de ses recettes farcies.
Si Corine aime la cuisine de chez nous et si elle adore cuisiner, elle n’en est pas moins aussi dotée d’une sensibilité de décoratrice. Sentimentale, elle voulait aussi que son restaurant reflète ce goût des jours heureux et amoureux, à partager ses émotions, elle qui n’hésite pas à donner aux clients qui le lui demandent la composition de ce fameux bleu qui transfigure les murs de sa maison. La spontanéité et la décontraction font également partie de ses priorités avec un rapport qualité/prix attentif à ce que le plaisir de manger soit intact, dans cet esprit de « zwanze » typiquement bruxelloise. Un restaurant bleu amoureux d’authenticité et de simplicité qui, depuis ces dernières années, figure sur la liste privilégiée tant des palaces bruxellois que des hommes d’affaires étrangers pour qui l’originalité du décor et de sa cuisine constitue une halte obligée à Bruxelles.


3. La note bleue
A l’intérieur :

  • Dès le sas d’entrée, un rideau en taffetas bleu dévoile l’ambiance amoureuse de la salle uniformément peinte en outremer tout en gardant le cachet des vieux murs en briques nues. Les chaises houssées de lin écru éclaircissent l’ambiance « friendly » alors que les tables carrées en bois africain (Iroko) témoignent leur vocation initiale pour couples, même si celles-ci s’agencent afin de permettre des tablées plus importantes. Ton sur ton, quelques éléments de décoration renforcent le choix de la couleur élue tandis que les tableaux de Raymond Sersté apportent à l’ensemble une note musicale à grands renforts de croches et d’ondulations bleues. Dans cette première partie de la salle (10 couverts), l’élément majeur de la décoration est constitué par une ancienne châsse processionnaire où Corine conserve ses « alcools de voyage ». Le même esprit anime la seconde partie de la salle (10 couverts) côté bar où une cheminée en marbre d’époque renforce le caractère intime des lieux. Ce feu ouvert à l’anglaise s’insère parmi les coqs, les paniers d’osier et les miroirs à dorure bleue.
  • Par l’escalier en colimaçon d’un autre âge, on accède à l’étage où la configuration est identique : deux parties (20 couverts), l’une côté fenêtre, l’autre côté jardin avec un âtre analogue à celui du rez-de-chaussée et le même esprit des lieux cousu de fil bleu.

A l’extérieur :

  • Tout aussi fleur bleue, la terrasse, par-dessus les toits, est également un petit bijou de rêverie. Couverte par un auvent amovible, elle prend le soleil parmi un foisonnement de plantes et de pots en terre cuite. Une dizaine de tables sont à la fête parmi les nouvelles plantations, palmiers, rosiers et érables japonais.

4. Cuisine pour deux
Homard et bintjes sont le couple fétiche d’une carte fière d’avoir reçu, cette année, le prix cuisine belge du guide Delta.

  1. Le plus original des bonheurs gustatifs est donc cette fameuse variété de pomme de terre qui se prête à toutes les transfigurations. Sur une vieille idée d’école hôtelière glanée sur la côte, Corine Ceulemans développa sa première réussite, « la bintje ostendaise » farcie aux crevettes grises et beurre blanc ciboulette. Depuis la variation sur ce thème qui lui est cher s’est étoffée considérablement au fil du temps, des découvertes et des voyages : la « Bintje Bleu de Toi » aux écrevisses, beurre blanc et aneth, la « Bintje au homard grillé », « la Bintje Marolles, Nordique ou globe-trotter » (scampi, lait de coco, coriandre, gingembre et huile de palme) et bien d’autres encore, soit 18 manières de fermer les yeux en savourant sa bintje qu’elle soit océane, terrestre, végétarienne, à l’italienne ou à la grecque, sans oublier les bintjes carnivores à grands renforts de lardons, de gésiers de canard et de foies de volailles. (de 12,50 en entrée à 17 en plat selon la variété). On retiendra, parmi tant de propositions parmentières, celle qui n’est pas une bintje, mais une patate douce des Iles Grenadines, avec sa chair de crabe, son coulis de mangue, banane, parfumée à la vanille bourbon.
  2. Le homard se taille une place toute particulière dans une partie de la carte qui lui est dévolu. D’origine canadienne et pesant bien leurs 550 grammes, ils arrivent vivants quotidiennement et sont, le plus souvent, présentés en demi portions. Le « favori de Corine » est grillé au curry indien, parfumé à l’huile de truffe blanche et accompagné d’une patate douce. Celui du chef est flambé au pastis et parfumé à la fleur d’oranger ; les autres se flambent au rhum sur un coulis de mangue ou prennent simplement le large du côté de Madagascar, des Antilles, du Brésil ou d’ailleurs (26 euros)
  3. La carte a également ses a côtés sur l’air d’une cuisine fusion et de cuisine française qui affectionne ses classiques. Au rayon des entrées, froides ou chaudes, se succèdent les tartares de thon rouge au gingembre, les foies d’oie au porto ou gambas rôties au four, sauce paprika. Avec une importante diversion du côté des salades, prodigieusement savoureuses ou divinement diététiques. Ainsi, celle aux trois chèvres fait de la concurrence à la salade normande de camembert ou à la végétarienne, sans oublier le bouquet de feuille de bric en hommage au Magreb. ( de 11,50euros en entrée à 14/15 euros en plat). Les valeurs sûres sont toujours au rendez-vous, parmi lesquelles le cœur de cabillaud en croûte de pignon de pin et pistache, la dorade entière grillée à la marjolaine, le carré d’agneau, le suprême de volaille aux écrevisses et curry rouge ou l’entrecôte caberoll du Brésil sauce choron. Et puisqu’on est à Bruxelles, on n’oublie pas ses origines, pas plus que le lapin à la Leffe brune et aux pruneaux.

    Des bintjes au homard, des salades à la viande et aux poissons, les très nombreuses suggestions tiennent compte à la fois de ce que les femmes aiment et de ce les hommes adorent. Dans cette catégorie glamour se classent aussi les salades folles de gourmandise, les carpaccio de noix de Saint-Jacques et autres croquettes de homard maison.

    Si la salle se veut entièrement féminine, on retiendra la présence d’un chef bien masculin aux fourneaux, le jeune Thibaut Everard capable de passer du coq à l’âne et du homard aux bintjes avec la même maestria.

5. Lunch et menus
Parmi les suggestions, le lunch de midi, à 12 euros, se compose d’un choix entre le végétarien, un poisson ou une viande.
A la carte, le menu du mois bruxellois offre le choix entre deux bintjes en entrée, un plat bruxellois, deux desserts, la demi bouteille de vin et la demi bouteille d’eau pour 45 euros.
Enfin, plusieurs menus de groupe ou personnalisés s’échelonnent de 45 à 65 euros.

6. La cave du bonheur
* La cave de Bleu de Toi est le reflet de la volonté que chaque client soit comblé. La majorité des crus proposés oscille donc entre 20 et 35 euros avec pas moins de 80 références, une foule de coups de cœur et des verticales pour que les amateurs ne boudent pas leur plaisir. On observera également un très grand choix de demis bouteilles, tant dans les blancs que dans les rouges, et la volonté de mettre à la carte des vins qui tournent et suivent le mouvement.

  • Au centimètre, à la bouteille ou au verre, les vins de la maison sont château Martet Prémices de Martet et Bordeaux sainte-Foy la Grande pour les blancs comme pour les rouges tandis que le rosé est un côte de Provence cuvée Siant-Tropez. (20 euros la bouteille, 4,5 euro le verre).
  • Parmi les vins blancs, Alsace, Loire, Bourgogne et Languedoc côtoient quelques vins du monde, chilien, portugais bio ou de Nouvelle-Zélande. Pas moins de sept vins moelleux et liquoreux figurent également à la carte tandis qu’un quatuor d’appellations escortent, à chaque fois, de beaux et fringants rouges du Rhône, du Languedoc, de Bourgogne et de Bordeaux. Saint-Emilion, Pomerol , Margaux et Saint-Estèphe ont aussi droit à quatre sélections pour faire bonne figure à côté d’une carte de vins du monde concentrée.
  • Parmi les coups de cœur, on retiendra, en blanc, l’Aubépine côte de Ventoux (23 euros) et en rouge, l’Angelot de Seguin, Pessac-Léognan (35 euros) et le Faugères Le Songe de l’Abbé, abbaye Sylva Plana (34 euros.)

Fidèle au chiffre de la maison, quatre champagnes figurent également à la carte dont le champagne Gruet sélectionné par le Bleu de Toi.